20 mai 2017 : l’Oumupo célèbre les 80 ans du Palais de la découverte, et la Nuit des musées !

Palindrome

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Un palindrome est une suite d’éléments qui peuvent se lire dans un sens ou dans l’autre, sans avoir nécessairement le même sens.

Littérature

Le palindrome est une contrainte très appréciée de l’Oulipo, où il se pratique de préférence au niveau des lettres, mais aussi éventuellement au niveau des syllabes (l’on parle alors de palindrome phonétique, parfois approximatif), des mots ou des phrases. Quelques exemples célèbres de palindromes de lettres :

  • « Ésope reste ici et se repose »
  • « Élu par cette crapule »
  • « A man, a plan, a canal: Panama »

L’exemple littéraire le plus célèbre à ce jour est très certainement le palindrome de Georges Perec (« Trace l’inégal palindrome, etc. »). Il en existe cependant un autre, moins connu mais encore plus développé et nettement plus remarquable d’un point de vue littéraire, par Jacques Perry-Salkow et Frédéric Schmitter (tous deux membres de la Liste Oulipo).

Son

L’avènement au XXe siècle de moyens techniques de captation et diffusion sonore, a rendu possible et favorisé l’usage de sons diffusés en sens inverse (reverse tape). De tels effets sont particulièrement appréciés dans les musiques amplifiées (du rock aux musiques de film), avec une prédilection toute particulière pour les percussions (une cymbale suspendue diffusée à l'envers produit un crescendo très reconnaissable, souvent utilisé au cinéma et à la télévision pour son effet dramatique). Il est également utilisé pour dissimuler (backmasking) des paroles.

L’emploi croissant de systèmes d’enregistrement en concert (permettant de créer des boucles ou des inversions directement sur scène) a permis à de nombreux interprètes de développer un effet vocal qui consiste à prononcer des phrases (voire des chansons) délibérément à l’envers, pour ensuite les restituer au public « dans le bon sens ».

Des travaux notables en matière de palindromes phoniques ont été effectués par Luc Étienne (1908-1984), membre de l’Oulipo et du collège de ’Pataphysique. (Il se murmure également que des membres de l’Oumupo actuel se livreraient à de telles pitreries… mais nous ne saurions nous résoudre à le croire.)

Musique

Le palindrome musical est une pratique ancienne et relativement répandue (la technique contrapuntique de la récursion fait d’ailleurs partie intégrante de l’écriture des canons et fugues). Une liste non-exhaustive de tels palindromes, établie par Alain Zalmanski, fait même mention d’une pièce de Machaut intitulée Ma fin est mon commencement.

L’art du palindrome trouve toutefois, dans le domaine musical, une dimension nouvelle : là où un palindrome textuel ne peut être lu que dans deux sens possibles, une partition peut être considérée selon ses hauteurs, ses rythmes, ses mouvements mélodiques ou harmoniques,... Ainsi l’on pourrait concevoir des palindromes purement mélodiques, purement rythmiques, et ainsi de suite.

Il est même possible de partir d’œuvres existantes pour leur faire subir un procédé de réversion horizontale (chronologique) ou verticale (intervallique) : l’on parlera respectivement de renversement et de rétrogradation. Le retournement est un cas particulier qui cumule les deux transformations.

Par ailleurs, il a été remarqué que beaucoup de boucles auto-similaires tendent à présenter un aspect palindromique.

Exemples

  • Déjà mentionné ci-dessus, Ma fin est mon commencement de Guillaume de Machaut (vers 1300-1377) reste à ce jour l’exemple princeps de palindrome musical.
  • Peu connu en France, le théoricien hollandais Quirinus van Blankenburg (1654-1739) a publié en 1733 une Double harmonie qui comporte de nombreux exemples de palindromes.
  • L’Art de la Fugue de Bach comporte une fugue à quatre voix (numéro XVI) en deux versions : rectus et inversus, où les voix sont interverties et subissent un renversement intervallique.
Fugue palindromique Bach 1.png
Fugue palindromique Bach 2.png


  • Un exemple de palindrome musical exceptionnel est ce Trio de cors de basset attribué à Mozart, qui peut être lu de deux façons différentes et complémentaires, en retournant tout bonnement la page sur laquelle il est écrit.
Canon palindromique Mozart.jpg
  • On trouve chez Haydn un « Menuet-Trio al rovescio » (parfois orthographié al roverso, c’est-à-dire à rebours), qui figure en Sol majeur dans sa 47e symphonie datée de 1772, puis l’année suivante en La majeur dans sa Sonate pour clavier Hob. XVI-26.
  • Ancien élève de Haydn, Anton Reicha (1770-1836) a également rédigé une Harmonie rétrograde qui est non seulement palindromique mais présente également un renversement de hauteurs.
  • Friedrich Kulhau s’est prêté à l’exercice avec ses deux canons énigmatiques à deux voix, WoO 169.
  • De la même façon, il existe un palindrome à deux voix d’Ignaz Moscheles, publié dans l’édition Hinrichsen (n.696) en 1947.
  • Un siècle après Reicha, le flûtiste Paul Wetzger (1870-1937) a également rédigé une partition palindromique : Avant et Retour, op.32.
  • Les Variations op. 27 de Webern, pour piano seul, sont entièrement rédigées selon des principes de palindromes horizontaux et verticaux (retournement intervallique).
  • Hindemith utilise l’écriture palindromique dans deux partitions plus développées et spectaculaires : Hin und Zurück op.45, pour voix et ensemble de chambre (1927), et Ludus Tonalis pour piano (1942), dont la première et la dernière pièce sont rétrogrades/renversements l’une de l’autre.
  • D’autres exemples plus récents :
    • Dans le troisième quatuor à cordes de Giacinto Scelsi (1905-1988), le dernier mouvement est une parfaite rétrogradation du premier.
    • Philippe Capdenat (né en 1934) a rédigé de nombreux palindromes musicaux, pour des formations diverses.
    • Il existe un Palindrôme [sic] de Thierry de Mey (né en 1956).
    • Dans le domaine électro-acoustique, signalons un Palindrome de Robert Normandeau (né en 1955).
    • Le violoniste Régis Huby (né en 1969) a écrit en 2001 un Palindrome pour orchestre d’enfants.
    • La série des Labyrinths de la compositrice japonaise Keiko Harada inclut des écritures palindromiques.
    • Le pianiste Stephen Pruslin a écrit cinq mouvements palindromiques dans Extended notes (1996).
    • Il existe également plusieurs exemples de palindromes dans le jazz : mentionnons par exemple celui du «Trio Live» (Muvien, Humair, Celea, 2007).